La bienveillance à l'école

« Je lui ai donné un coup de pied parce qu’il m’avait poussé » ou savoir demander pardon

Qu’est ce que cette phrase éveille en vous ?

C’est sûr, mes élèves répondront « ce n’est pas bien. Il faut aller le dire à la maîtresse si quelqu’un nous embête. »

Oui, et après ? Comment fait-on, nous les maîtresses pour régler un différend dont on ne connait rien ? On n’arrive pas, bien souvent, à démêler qui est l’agresseur et qui est l’agressé, parce que les élèves nous donnent souvent moult détails auxquels on ne comprend pas grand chose… et puis qui nous ennuient, il faut bien le dire.

C’est une phrase banale, anodine, que j’entends au moins une fois par jour dans la cour de l’école, que les élèves aient 6 ans ou 11 ans, c’est toujours ou presque le même discours : œil pour œil/ dent pour dent.

Et pourtant ! Ce n’est pas ce qu’on leur apprend, nous les adultes quand même !?

Parlez-en autour de vous. La plupart des parents expriment leur désaccord avec cette phrase et diront qu’ils encouragent leurs petits à aller dire à un adulte que quelqu’un les embête.

Alors, à ce moment précis de mon écrit, je pose plusieurs questions :

  • Est-on sûrs que ce n’est pas ce que l’on apprend à nos enfants ?
  • Et quand on est enseignants, ne s’est-on pas entendus prononcer ces mots : « écoute, débrouille-toi, votre différend n’est pas si grave ! » ou « Tu es assez grand pour te défendre, non ? »

Alors… Comment faites-vous, vous, en tant que parents, en tant qu’éducateurs de jeunes enfants pour les aider à affronter ce genre de situations sans y perdre leur dignité ?

Alors, comment fait-on ?

Comment fait-on pour les aider à affronter ce genre de situations ? Pour qu’ils sachent se confronter aux autres sans s’affronter ? Pour qu’ils deviennent responsables dans leurs relations aux autres ?

On peut leur demander : « Quand tu es bousculé par un autre, qu’est ce que cela provoque en toi ? »

Et là, tout est dans l’écoute. Il faut laisser parler l’enfant et écouter. Ne pas lui donner de réponses à sa place.

Souvent, on pose une question, et on a déjà en magasin tout un tas de réponses possibles :

« Tu as eu mal ? Tu te sens vexé parce qu’il n’a pas fait attention à toi ? Tu te sens triste parce qu’il a fait comme si tu n’étais pas là ? »

Et si on laissait aux enfants la possibilité d’exprimer réellement ce que cela leur a fait ?

«  Il m’a bousculé et ça m’a énervé ».

Sais-tu pourquoi tu as été énervé par cet acte ?

« Il a pas fait exprès mais ça m’a énervé. »

Qu’aurais-tu voulu qu’il fasse après t’avoir bousculé ?

« Qu’il demande pardon. »

Il dit qu’il a demandé pardon.

Est-ce que s’il avait vraiment demandé pardon, tu aurais évité le coup de pied ?

Alors vous intervenez pour que l’autre regarde le camarade bousculé dans les yeux et disent « je te demande pardon de t’avoir bousculé et de ne pas avoir fait attention à toi. »

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais savoir demander pardon est une capacité qui n’est enseignée nulle part, ni à la maison, ni à l’école. Les enfants disent machinalement, sans y penser, sans regarder la personne « pardon »… mais ça veut dire quoi « pardon » ?

Quand on dit « pardon », ça veut dire que l’on accorde son pardon, pas qu’on le demande. Toute la différence est là.

Et personne ne vous apprend jamais à demander pardon.

Qu’est ce que ça veut dire « demander pardon » ?

C’est reconnaître que l’on a fait souffrir l’autre. C’est reconnaître que l’autre a été nié dans son existence, dans son être par nos actes, que l’on n’a pas pris en compte sa présence, ses émotions.

Demander pardon c’est alors demander qu’il reconnaisse que l’on s’est mal comporté mais qu’il ne nous en veuille pas. C’est également instaurer une relation de confiance avec l’autre, et d’ouverture. Je reconnais que je peux faire des erreurs, qu’elles peuvent être acceptées par les autres et que ma valeur n’en sera pas diminuée.

Il me semble que demander pardon est bien plus fort que juste « s’excuser ». « Je m’excuse » ! Là encore, s’excuser retentit comme « je me trouve des excuses ». « J’ai fait une erreur, mais elle n’est pas si grave, on ne va pas en faire tout un flan ! »

C’est difficile de demander pardon. Cela suppose que l’on a suffisamment confiance en soi parce qu’il faut du courage pour accepter, pour reconnaître que l’on est faillible, que l’on est capable de ne pas prendre en compte un alter ego.

Bref, demander pardon est tellement difficile qu’il faut un apprentissage de cette capacité.

Je récapitule :

Demander pardon c’est :

  • reconnaître son erreur
  • reconnaître que l’on a blessé l’autre
  • montrer que l’autre est important pour nous et que l’on se soucie d’avoir son absolution.

Ainsi, c’est reconnaître l’autre et ses besoins d’attention et de considération. C’est reconnaître son propre besoin d’acceptation et de reconnaissance. C’est donc exprimer ces besoins d’une manière respectueuse envers l’autre et envers soi-même.

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