La bienveillance à l'école

Une discussion d’enfants

Aujourd’hui, je vous raconte une discussion entre deux de mes élèves L et T. Ces deux-là ne sont pas des moindres, parce que ce sont les deux plus « compliqués » à gérer dans ma classe.

D’un côté, vous avez L qui est en demande constante d’attention (100%), qui parle tout le temps (ou presque), et qui coupe la parole à tout le monde, tout le temps. Pour couronner le tout, quand l’attention ne se dirige pas vers lui, il crie pour être bien sûr qu’on l’entend.

De l’autre, vous avez T, plutôt taciturne, mais qui peut quand il est énervé, se mettre à parler tout seul, à voix haute (assez forte). Dans ces jours-là, en prime, il peut se déplacer très discrètement, pour aller tirer les cheveux, pincer ou taper certains autres élèves.

Et bien, ces deux-là ne se supportent pas… mais ils sont toujours l’un à côté de l’autre dans le rang… et bien sûr, ont des embrouilles interminables et répétées (voire quotidiennes). Je vous le confirme.. ; C’est épuisant.

Alors avant les vacances de Noël, après un énième début de matinée où ils se sont montrés très énervés l’un contre l’autre (et ce dès l’arrivée à l’école le matin), je leur ai dit en privé que je souhaitais avoir une discussion avec eux deux à la récréation. Ils ont cru que j’allais les punir, (d’ailleurs pour eux, rester à la récré avec moi, c’est une punition). Je leur ai dit que nous règlerions le différend à ce moment-là et que jusque là, je préférais ne pas en entendre parler…. OUI, sans doute cela va à l’encontre de l’écoute bienveillante et positive… mais j’avais besoin de temps pour savoir comment j’allais transformer mon essai de conciliation et surtout besoin de garder mon calme en cette fin de période.

10H00 : la récré « sonne » !

« Hop ! L et T, vous restez là pendant que je descend avec les autres pour les emmener dans la cour. » Ils font la tête.

Quand je remonte, ils discutent sans fâcherie !!!

On s’assoit tous les trois autour d’une table et je commence par exposer ce que j’ai remarqué : « Je vois que vous ne vous entendez pas du tout. Vous vous disputez tout le temps, mais en même temps, je vous vois souvent l’un à côté de l’autre. Quel est votre problème à tous les deux ? »

Bien sûr, L prend la parole en premier et dit qu’il n’aime pas T, que ce dernier vient toujours l’embêter quand il joue, et qu’il fait toujours des histoires.(Je résume hein!)

Maintenant, j’explique que c’est à T de dire ce qui ne va pas pour lui (et je précise à L qu’il faut le laisser parler jusqu’au bout comme lui l’a fait).

T explique que lui, il aimerait bien jouer avec L avec ses jouets mais que L ne veut jamais. L répond que c’est parce que T n’a jamais de jouet à prêter et qu’il lui prend toujours le jeu qu’il est en train d’utiliser à la garderie, par exemple. Et là, les deux me raconte une histoire de cerceau que L est venu prendre à T, et que celui-ci s’est fait gronder parce que L s’est mis à crier. Et là, je comprends que L a trouvé un moyen d’obtenir ce qu’il veut : les adultes pour avoir la paix, cèdent à ses cris, au risque de ne pas respecter les autres élèves. Je comprends mieux pourquoi certains autres élèves en ont peur.

Je demande à T de dire ce qu’il a ressenti à ce moment-là (en doutant qu’il me réponde… et oh, miracle ! Il explique qu’il a pleuré parce que la dame de la garderie a donné le cerceau à L) : Tristesse (émotion) à cause d’une injustice (besoin de justice et surtout de respect je pense).

L s’excuse alors de ce qu’il a fait parce que « oui, ça n’était pas juste pour T que la dame de la garderie lui donne le cerceau à lui. Whouahou ! Dire ses émotions permet à l’autre enfant de prendre la responsabilité de ses actions.

Je demande ensuite comment ils pensent pouvoir régler leur différend.

T dit qu’il aimerait pouvoir jouer avec L et ses jouets.

L semble d’accord. Je les laisse partir en récréation. Ils ont un sourire jusqu’aux oreilles.

Je suis dubitative et j’attends de voir.

Après cette récré, L vient me voir en disant qu’ils ont vraiment bien joué.

À mon avis, tout n’est pas réglé, parce que les vieux réflexes vont revenir, mais bon, je tiens une piste, on dirait.

Pour résumer :

  1. j’ai choisi de discuter du différend en « différé », dans le calme, en dehors des autres élèves.
  2. J’ai exposé les faits, ce que j’avais observé.
  3. J’ai demandé à chacun de dire son problème.
  4. Puis à chacun d’exprimer son ressenti
  5. Quelles solutions peut-on essayer ?

Principes de communication non violente adaptés à ma sauce, pour des élèves de 6 ans… (Je vous précise que les principes d’éducation bienveillante sont très compliqués à mettre en œuvre dans un grand groupe d’enfants (plus de 25), en bas âge – 6 ans, c’est petit quand même ! Et que ceux qui y arrivent sont pour moi des êtres à part;-)))

La bienveillance à l'école

Des rituels de bonheur à l’école

Le dernier article m’a permis de replonger dans toutes les ressources contenues sur mon disque dur et de me rappeler que j’avais trouvé sur internet des rituels du matin très intéressants. J’en avais utilisés surtout en classe de CM, sur les proverbes et morales dans le cadre d’un enseignement moral et civique.

Mais les rituels du bonheur et les bonjours étaient restés inutilisés sur mon ordinateur, Lire la suite « Des rituels de bonheur à l’école »

La bienveillance à l'école

Battle d’émotions et cartes « confiance en soi »

À nouveau pour les enseignants, je propose ici deux jeux que je vais expérimenter à la rentrée avec mes élèves, en en faisant un rituel hebdomadaire. J’ai trouvé l’idée sur le site lecrips-idf.net, et je l’ai adapté pour les plus petits. Je ne sais pas si ça va marcher, mais je verrai à l’usage.

Je partage ici le support que j’ai préparé: battle-emotions en pdf.

La partie jeu de rôles m’est venue après lecture des cartes émotions et je me suis dit que ce serait peut-être amusant de mettre les émotions en situation. L’objectif de ces jeux est de permettre aux enfants de comprendre ce que l’on met derrière certaines émotions: expressions du visage, postures du corps, respiration, expressions orales, etc.

J’ai également plastifié quelques cartes « confiance en soi » de chez papapositive: http://papapositive.fr. Je me propose d’en faire également un rituel quotidien ou bi-hebdomadaire (idem: je verrai comment ça prend avec mes turbulents). J’ai arbitrairement choisi les cartes en fonction de l’âge de mes petits élèves.

Les supports élaborés par mes soins sont en partage libre.

La bienveillance à l'école·Mes émissions favorites

De l’importance de la bulle proxémique (ou de la distance entre l’enseignant et l’apprenant)

Ce matin, je vous raconte une expérience qui m’a interrogée. Je l’ai vécue la semaine dernière, mais c’est l’émission de France inter de Ail Rebeihi (Voici le lien pour aller l’écouter https://www.franceinter.fr/emissions/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-04-octobre-2016), qui m’y a fait repenser. Lire la suite « De l’importance de la bulle proxémique (ou de la distance entre l’enseignant et l’apprenant) »

La bienveillance à l'école

Mes astuces de retour au calme ou de mise en route du matin

Ici n’est pas coutume, c’est un article plus à destination des enseignants (voire des parents, mais moins quand même).

Je partage ici plusieurs de mes documents explicatifs des différentes postures, différents gestes appliqués en classe, quand tout le monde est énervé et qu’un temps calme s’impose.

Le premier truc pour ramener le clame sans crier, c’est de commencer à faire des petits gestes en silence. Quelques élèves vont imiter automatiquement… puis ça gagne l’ensemble de la classe en environ deux minutes (parfois on trouve le temps long, quand deux élèves continuent à faire comme si vous n’étiez pas là).

Le deuxième, c’est de dire « je voudrais entendre le serpent: ksss ksss ksss ». » Je voudrais entendre le vent » (et on souffle doucement). « Je voudrais entendre le poisson (bouche qui imite le poisson »Je voudrais entendre le silence ».

Ils ont même inventer cette année: « Je veux voir une forêt d’arbres (bras levés pour demander le silence ».

Il y a les postures de yoga faisables en classe: seance-debut-de-matinee

yoga-en-classe

larbre-qui-se-balance-dans-le-vent

Il y a les séances de yoga (que j’ai directement piochées sur le net)

yoga

La bienveillance à l'école

Empathie vs pression

Aujourd’hui, je voulais commencer par vous parler de la difficulté de mettre l’empathie au coeur de l’enseignement, quand on est enseignant dans le système traditionnel, quand on officie dans une petite classe, avec du matériel pas adapté, des enfants coupés de leurs émotions et pas du tout dans la bienveillance, avec des collègues « normales »…

Et puis je me suis demandé pourquoi ça ne marchait pas avec moi, dans ma classe, avec ces élèves là… Parce qu’enfin des élèves un peu difficiles, j’en ai déjà eus… et puis l’empathie, je la pratique depuis quelques années déjà, de même que la bienveillance en général (même si jusqu’à présent je laisse l’émotion « énervée » déborder trop souvent). Lire la suite « Empathie vs pression »

La bienveillance à l'école

J’ai perdu ma voix (voie?)

Aujourd’hui, je me lève et je suis aphone. Je n’ai plus de voix. Dans mon travail, ma voix est mon instrument de travail. Comment enseigne-t-on sans sa voix? Chaque année, c’est la même chose, quand le stress en classe devient trop important, hop!, ma voix se fait la malle… Comme si mon corps me disait: « Hey, stop! Arrête! Tu n’es pas sur la bonne voie »… Hahaha! (Jeu de mots facile) Lire la suite « J’ai perdu ma voix (voie?) »

La bienveillance à l'école

Une éducation à la malveillance très réussie

Pensez-vous possible que de jeunes enfants de 5-6 ans aient déjà totalement intégré les codes d’une « humanité en négatif », et du pessimisme ambiant? C’est à dire qu’ils aient totalement intégré qu’entre humains, on doit se montrer « juges », « cassants », critiques »? Qu’il faut à tout moment reprendre celui qui se trompe, lui faire remarquer qu’il est dans l’erreur, et par là-même, lui faire comprendre que ça ne changera jamais, qu’il n’y a que peu d’espoir que cela change? Lire la suite « Une éducation à la malveillance très réussie »

La bienveillance à l'école

Une rentrée « non violente »

Voilà! La rentrée est faite: deux jours d’école ont eu lieu et c’est le moment pour moi de faire un petit bilan empathie et bienveillance.

J’en suis où?

Au C.P., il est compliqué de mettre en place rapidement des habitudes de classes. Or, l’empathie et la bienveillance sont des habitudes à acquérir. Durant ces deux jours, j’ai eu le temps de parler et surtout d’écouter mes nouveaux élèves. La rentrée n’était pas idéale pour la rencontre: plan vigipirate oblige, les parents étaient contenus derrière le portail et ne pouvaient accompagner les enfants dans les classes. Il a fallu faire l’accueil à travers les « barreaux » de la prison et tenter quand même de rassurer les petits qui arrivaient dans cette immense cour de récréation. Et bien, malgré tout, je suis contente car j’ai réussi à prendre les mains de presque tous mes élèves, les regarder dans le yeux et leur demander comment ils allaient. Chacun d’eux a eu un bonjour personnalisé. J’ai trouvé que cela les détendait instantanément. Je pense que cela a permis à mes élèves d’être très réceptifs aux consignes qui ont suivi pour rejoindre la classe. Il est cependant clair que l’empathie et l’écoute face à un groupe de 25 élèves, c’est compliqué.

Et quel bonheur à la récréation de me retrouver assaillie par mes anciens petits élèves qui sont venus me faire des câlins et des bisous. Du coup, de manière surprenante, un de mes nouveaux élèves est venu spontanément m’embrasser et me faire un câlin. Il a recommencé le lendemain d’ailleurs.

Moi, j’ai recommencé mon accueil souriant et plein d’écoute avec tous les élèves qui sont venus vers moi.J’ai l’impression d’être ainsi beaucoup plus calme avant de commencer la journée… Et les petits semblent l’être aussi. C’est déjà pas mal.

La bienveillance à l'école

« Je lui ai donné un coup de pied parce qu’il m’avait poussé » ou savoir demander pardon

Qu’est ce que cette phrase éveille en vous ?

C’est sûr, mes élèves répondront « ce n’est pas bien. Il faut aller le dire à la maîtresse si quelqu’un nous embête. »

Oui, et après ? Comment fait-on, nous les maîtresses pour régler un différend dont on ne connait rien ? On n’arrive pas, bien souvent, à démêler qui est l’agresseur et qui est l’agressé, parce que les élèves nous donnent souvent moult détails auxquels on ne comprend pas grand chose… et puis qui nous ennuient, il faut bien le dire. Lire la suite « « Je lui ai donné un coup de pied parce qu’il m’avait poussé » ou savoir demander pardon »